Lampedusa, minuscule île italienne émergeant de la Méditerranée, à mi-chemin entre l’Afrique et la Sicile, serait demeurée dans l’oubli encore longtemps si elle n’était devenue une destination des plus prisées dans les croisières à sens unique du Maghreb vers l’Europe. Ce petit bout de terre promise devint vite un must, un lieu incontournable où venaient se faire photographier les stars de la politique nationale, pourchassés par une horde de paparazzis. C’était à qui présenterait son meilleur profil, sous un ciel pur bleu marine, pour être immortalisé bottant le cul de ces sales types en guenilles qui débarquaient à l’improviste sur les plages où l’on ne demandait qu’à profiter de la douceur du climat, merde, quoi !
Ainsi placée sous les feux de l’actualité, Lampedusa sortit de son isolement. Ce qui, vous l’avouerez, est un comble pour une île. Il se trouvait pourtant de vieux insulaires pour se souvenir que leur petit territoire avait connu son heure de gloire, quelques années après la Seconde Guerre mondiale. L’îlot avait alors reçu la visite du pape en personne. Le saint père avait voulu marquer ici une étape importante de sa croisade contre le péché de boisson. Malgré son grand âge, comme un pélerinage en signe de repentance, il avait lentement fait à pied le tour de cette île où ne pousse rien d’autre que la vigne. Ce qui lui avait pris près d’une semaine et lui avait valu cette remarque acerbe du député communiste local : “Qu’il est lent, Pie XII, ah !”
A ce stade, il convient d’expliquer que l’essentiel du plateau calcaire de Lampedusa est planté d’un vignoble produisant l’un de ces puissants vins du pourtour méditerranéen qui réchauffent les papilles et endorment les esprits. Quoique fort abondante, la récolte annuelle suffit tout juste à satisfaire la soif des gens du cru. Ces insulaires, pourtant peu nombreux, engloutissent intégralement leur énorme production viticole. Le pape lui-même s’était étonné de ce prodige en confiant : “Mais comment peuvent-ils lamper tout ça ?”
